L’initiative du Groupe de Communicateurs pour la Promotion, l’Action et la Solidarité (groupe compas) a réuni, dimanche 8 juin, une pléiade d’artistes connus tels : Belo, Ti Fan, Réginald Cangé, Jacques Sauveur Jean et Stanley Georges. Sous des tentes aménagées sur la cour de la prison du commissariat de Delmas 33 et en présence de quelques personnalités politiques dont Charles Henry Baker et Evens Lescouflair et de représentants d’organismes de défense des droits humains qui avaient fait le déplacement, les artistes invités ont à travers leurs prestations, transmis aux mineurs incarcérés des messages d’amour, d’espoir et de changement.
Les jeunes placés en marge de la société depuis plusieurs années déjà, sans avoir été fixés sur leur sort, avaient eux aussi des messages à lancer à l’endroit des responsables de la prison du commissariat de Delmas 33 et aux autorités du pays. « Nos droits ne sont pas respectés. Nous subissons un traitement inhumain dans cette prison. Nous ne voulons qu’une chose : être déféré devant notre juge naturel », ont martelé deux d’entre eux qui interprétaient un numéro de rap créole. En outre, ils ont dénoncé les actes de violence qui se multiplient dans le pays et appelé les haïtiens à s’unir pour combattre le phénomène de l’insécurité entravant le développement et le progrès des jeunes.
Les comédiens Ashley, Kako et Afistol qui supportaient également l’initiative du Groupe Compas, souhaitent, pour leur part, que des mesures soient prises en vue d’améliorer les conditions de vie des prisonniers mineurs soulignant que si ces jeunes sont enfermés c’est parce que les aînés n’ont pas su assumer leur responsabilité. « Nous sommes là aujourd’hui pour demander pardon à ces jeunes et leur dire que désormais nous serons toujours là pour les aider à surmonter ces difficultés», a lancé Ashley.
La très jeune artiste Faika Fareau, 8 ans, qui a interprété, merveilleusement bien, trois titres pour le plaisir de l’assistance, en a profité pour exprimer son amertume de voir des enfants vivre dans une prison et dans des conditions extrêmement difficiles. « Votre place n’est pas là et Dieu dans son amour infini va vous aider. Mais, il faut y croire et commencer à changer votre cœur... », a-t-elle notamment déclaré. Les quelques mots de Faika ont, sans nul doute, touché ces jeunes en conflit avec la loi pour la plupart placés derrière les barreaux depuis tantôt quatre (4) ans sans avoir été déférés devant leur juge naturel.
Dans la foulée, un représentant du Paquet de Port-au-Prince annonce officieusement que ce 8 juin une quinzaine de jeunes étaient sur le point de recouvrer leur liberté. La cellule en charge des dossiers des mineurs en contravention avec la loi doit bientôt se prononcer sur bien d’autres cas. « Vous n’êtes pas des proscrits de la société, vous faites partie de la société et vous pouvez compter sur le Paquet », a laissé entendre le représentant de Claudy Gassant confirmant du même coup le projet de construction du Centre de Réinsertion des Mineurs en Conflit avec la Loi (CHARMICAL), à Cabaret. Dans cet établissement, il sera question de formation professionnelle, civique et morale afin de permettre au incarcérés mineurs de devenir des hommes compétents, respectables et respectés. Par ce projet, le Centre d'Appui à la Jeunesse (CEDAJ) et ses partenaires espèrent rompre définitivement avec le concept "enfants prisonniers" en Haïti.
CHARMICAL est un vaste projet qui mettra en évidence l'utilité du partenariat publique/ privé.
La population carcérale haïtienne (département de l’Ouest) compte 211 mineurs : 184 garçons enfermés dans la prison du Commissariat de Delmas 33, et 27 filles isolées au Commissariat de Pétion Ville. Quelques efforts ont été consentis en vue d’améliorer les conditions de vie de ces jeunes. Ces derniers, loin d’être satisfaits, demandent aux responsables de les transférer dans un centre de formation et de réinsertion en attendant leur jugement et leur départ définitif du système pénitentiaire.
Sources : Panos Caraïbe
haiti@panoscaribbean.org
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